samedi 27 décembre 2008

Joyeux Noël du Burkina!

Le Père Noël était aussi passé un peu en avance à Ouagadougou et j'avais au fond de mon sac à dos un petit colis minutieusement empaqueté et ficelé pour mes parents en France, cadeaux d'amis qu'ils ne connaissent pas encore. Ces petites attentions m’ont émue aux larmes venant de ces amis qui ont si peu et sachant l’effort pour eux d’écrire une lettre. Mazou par exemple a appris à lire et écrire seul, il y a seulement quelques années. Il avait acheté un batik*** représentant des paysans buvant le dolo* avant d’aller aux champs, une belle façon de partager le quotidien de la vie au village, lui qui a travaillé toute son enfance aux champs et à garder les troupeaux avant de partir chercher du travail à Ouaga à 13 ans. Il essaie d’imaginer à quoi peut ressembler notre vie en France… mais ce n’est pas facile… ‘Zéro degré, tu veux dire qu’il va faire aussi froid dans ta maison que dans un réfrigérateur ?’



Gladys, sa belle-sœur elle a 30 ans, elle a quitté l’école au CM2. Elle habite à Nagré dans un non-lôti en périphérie de Ouaga, elle tisse des pagnes et s’occupe de la maison et de ses deux enfants. Elle m'avait donné pour ma maman deux petites calebasses** et cette longue lettre qui partage sa vie en Afrique et les instructions pour bien utiliser les calebasses... Calebasses si indispensables au quotidien en Afrique… et notamment pour boire le dolo… on y revient encore!

















* bière locale
** la calebasse est un récipient rond fait avec le fruit du calebassier, un arbre tropical
*** batik : avec cette méthode, on utilise de la cire que l’on enlève ensuite, sur les parties du tissu que l’on ne veut pas teindre... ou quelquechose comme cela...

mercredi 24 décembre 2008

When Brazil comes to Burkina




Late November, there was a music festival in Koudougou, 90km out of Ouaga, Les Nuits Atypiques de Koudougou. I could not make it, because I was otherwise busy visiting some rice growers in Tougan near the Malian border, but my sister went… so brought home a couple of Brazilian musicians and a slice of the festival to share with me and all the children of the street. Our very own concert on our little terrasse in Samandin ! Eléonore’s friends were staying with us waiting until their flight to Sao Paulo took off, so we had a couple of hours of singing and dancing to Brazilian and Burkinabè rythms. Great mix of music and cultures ! Aïcha was dancing graciously in her dusty shorts, Ali could not believe his eyes, looking at their three… yes, three guitars… how famous must you be to get so many ! He eventually got back to his new job, plating hair at a barber shop around the corner, stars in his eyes… So to see us ‘remuer les reins’ or ‘shake your kidneys’, as it literally translates into, just look at the photos below!
And for some mellow original Brazilian vibes

lundi 24 novembre 2008

Heureux qui comme Ulysse, ou telle Pénélope...


Dimanche 11h, un soleil de plomb, on pourrait presque être en avril… nous attendons le bus numéro 10 au bord du nouveau goudron près de la mosquée blanche… plein d’espoir, il y en a 2 par heure, mais le dimanche le temps s’écoule encore plus lentement… Le temps pour Mazou de nous faire la généalogie de sa famille. Il est le quatrième, sa maman a eu deux filles et deux fils. A la mort de leur papa, elle a été mariée à un frère, dont elle a eu encore deux fils, les jeunes que nous voyons aider Mazou à l’épicerie. Aujourd’hui, nous allons chez Gladys Kongo la belle-sœur de Mazou. Il faut prendre le bus jusqu’au terminus, passer Ouaga 2000, passer le cimetière…

Bienvenue dans les non lotis de Nagré, petites cahutes de terre et tôle, où les habitants essaient de survivre tant bien que mal en bordure de la grande ville… Ce ne sont pas les bidonvilles denses et surpeuplés d’Inde ou des Philippines, mais c’est une autre forme de survie, de misère et d’entraide sur cette terre aride, sans accès à l’eau ou l’électricité…
Immigrés arrivés pendant la guerre en Côte d’Ivoire, Peulhs, paysans venus à Ouaga chercher un travail… et coincés ici, n’ayant pas l’argent pour le billet du retour… autant d’histoires que de visages souriants qui nous accueillent curieux… Gladys accourt avec ‘l’eau de l’étranger’ pour nous souhaiter la bienvenue. Elle habitait dans un petit village à 20km d’ici, ils ont emménagé il y a 10 ans avec son mari. Kevin est né peu après, puis la petite Ingrid… des prénoms qui témoignent de l'influence de la tv, ici comme ailleurs...


Leçon numéro 1, ce matin, nous allons apprendre à tisser ces longues bandes de tissus qui sont ensuite cousues pour faire des pagnes. Gladys achète le fil de coton naturel puis le teint selon la demande ou son imagination. Le mouvement est d’abord hésitant, pieds et mains mal synchronisés, mais une fois le rythme pris… Pénélope attendant le retour d’Ulysse, sauf que ma tapisserie est beaucoup plus abstraite, de longues bandes de tissus entremêlant fils argentés, violets et jaunes… Gladys n’a pas le temps de faire plus de quelques mètres par jour avec toutes les corvées journalières et les enfants… La navette glisse entre les mains, on s’interrompt seulement pour remettre du fil… ou saluer les curieux qui se demandent qui nous sommes ! Le voisin nous passe un verre de thé encore fumant…

Leçon numéro 2, cuisiner le tô, ce plat traditionnel burkinabé, une pâte à base de farine de maïs ou de mil ; que l’on mange avec des sauces différentes. Eléonore a de la chance pour cette introduction à la gastronomie locale, car c’est la sauce gombo, aussi connue sous le nom de sauce gluante que l’on prépare ! Il faut beaucoup de force pour préparer le tô, c’est un travail très physique et la chaleur du foyer trois pierres rend la tâche encore plus ardue. En notre honneur, il y a même de la viande aujourd’hui dans la sauce du tô. On se régale et l’on se brûle les doigts en mangeant. Kevin rigole, si c’est la première fois pour Eléonore de manger du tô, c’est sa première fois à lui de voir des blancs manger avec les doigts ! Pour faire passer tout cela, Nadiatou et moi allons chercher un ‘bidon de zom-com’, un jus très apprécié ici, fait de farine de mil diluée dans de l’eau sucrée, épicé avec du gingembre et servi avec de la glace.
Le temps de regarder encore l’album des photos de famille, où l’on découvre que Kevin du haut de ses 9 ans a déjà été à l’aéroport de Ouaga, au zoo de Ziniare et a même rencontré le Père Noël… Ingrid est fiévreuse et bougonne, le palu… Le soleil se couche sur l’horizon, il est temps de faire nos adieux et de reprendre le bus numéro 10 pour Ouaga. On promet de revenir avant le départ d’Eléonore pour une autre leçon de cuisine ou passer la nuit et profiter des jolis ciels étoilés, loin des lumières et de la pollution de la ville…

dimanche 16 novembre 2008

Burkina Star sur le podium

J’assistais hier soir à la Grande Finale de Métronome Productions à la RTB. En lice, trois groupes burkinabé qui avaient à chanter des morceaux imposés et d’autres de leurs propres compositions… Thème de la compétition : ‘Musique, jeunesse et retour à la terre’ - tout un programme et les incontournables de toute manifestation ici, dans le jury quelques ministres et directeurs d’écoles de musique. Yoni, Kundé d’Or de la Musique 2008 était aussi de la partie. Pour une introduction au showbiz local, je suis gâtée. Mention spéciale à Flame, deux jeunes filles pleines de talent qui mènent par le bout du nez un orchestre masculin et portent des costumes mariant paillettes et pagne traditionnel, et le premier prix va à Burkina Star, l’Etoile du Burkina. Ouf, j’avais misé une Brakina ! Tous les participants reçoivent comme prix une boite de préservatifs de la taille d’un paquet de Kellogg’s… Les heureux gagnants ont le choix entre 500 000 FCFA ou l’enregistrement d’un album et de trois clips vidéo, ils choisissent l’argent… petit bémol sur une soirée autrement fort rythmée pour leurs fans comme Guibi qui auraient préféré qu'ils soient moins terre à terre!
Des dizaines de jeunes dans le public ont les yeux qui brillent, qu'ils portent des tenues de rappeur, des t shirts Bob Marley, ou du tissu bazin, ils s'imaginent sur le podium l'année prochaine. Retour pétaradant en P50 et en évitant les barrages de police du samedi soir, car j’ai (encore) oublié mes papiers…

En musique :
http://www.tnb.bf/emissions/musique/metronome.html - cherchez l’erreur dans l’assistance!

dimanche 9 novembre 2008

The Kigba Dance

(en français plus bas)

Yesterday morning I was woken up by the chilling cry of a goat that was being (badly) slaughtered... it was too early to go next door and film the event. Today it’s the sound of drums that dragged me out of the house ... there was a wedding celebration in a compound a few doors up the road.
Muslim weddings in Burkina Faso are celebrated in two different ways, There is a traditional marriage, the religious ceremony and a civil marriage, taking place at the town hall and very much inspired by the French... for better or worse. Strange mix of tradition and modernity, polygamy is officially recognized in Burkina Faso.

In the past, wedding celebrations lasted a week, but nowadays it takes place over two or three days. Thursday, male representatives of both families went to the mosque to marry the couple, whose presence is not required. It reminded me of the history of Barema, a Malian friend who once received a text message while in Alsace with his girlfriend confirming the imam had given his blessing and they were officially married.
Yesterday, the wife left our street and her family to move into the groom’s compound. She will be kept there alone for several days. Meanwhile, the festivities are well underway in her own compound, where women have gathered to sing and dance.

And that's what I heard this morning and I would like you to take a look at: the popular and woman only Kigba dance, where you shake and hit your bums. A new word for my Moré dictionary, kigba, bum.
Aicha looks a bit ill at ease in her dirty satin dress, and I’ll find her a lot happier a few hours later running freely in her underpants. But the boys are proudly sharing and wearing a tie made of beads of the latest fashion.

La danse Kigba

Hier matin, j’ai été réveillée par le cri strident d’une chèvre qu’on avait égorgée… mal… il était trop tôt pour courir chez les voisins filmer l’événement. Aujourd’hui, c’est le son des tambours qui m’a fait sortir dans la rue… jour de mariage dans une concession à quelques portes de chez moi.


Chez les Musulmans du Burkina Faso, les mariages sont célébrés selon deux modes différents, le mariage traditionnel qui s’accompagne d’une cérémonie religieuse et le mariage civil ayant lieu à la mairie et tout droit inspiré de la France… pour le meilleur et pour le pire. Et c’est ainsi, curieux mélange de tradition et de modernité que la polygamie est reconnue de façon officielle au Burkina Faso.
Dans le passé, les célébrations de mariage duraient une semaine, mais de nos jours, cela ne dure pas plus de deux ou trois jours.


Jeudi, les représentants masculins des deux familles sont allés à la mosquée pour marier le couple, dont la présence n’est pas requise. Cela m’a rappellé l’histoire de Barema, ami malien qui avait reçu un sms quand en Alsace avec sa femme lui annoncant qu’ils étaient maintenant officiellement mari et femme, l’imam ayant donné sa bénédiction. Hier, l'épouse est partie dans la concession du marié, où elle est maintenue en isolement pendant quelques jours. Pendant ce temps, les festivités vont bon train dans la concession de la famille de la mariée, où les femmes se rassemblent, chantent et dansent.


Et c’est ce que j’entendais ce matin et que je vous partage en image : la danse Kigba, populaire et exclusivement féminine qui consiste à se cogner les fesses. Un nouveau mot pour mon répertoire de moré, kigba, les fesses.
Aicha n’a pas l’air tres a l’aise dans sa robe en satin bien poussiereuse, et je la retrouverai en petite culotte et beaucoup plus souriante ce soir à jouer à la corde, mais les garçons eux arborent fièrement une ‘caravatte’ en perles du dernier chic.


jeudi 6 novembre 2008

From Agra to Accra




Diwali, the Hindu festival of lights, is the most popular of all Indian festivals. In the old days, I used to celebrate it in Brick Lane in London, and this year, I quite unexpectedly celebrated it in Ghana, thanks to my colleague Romain and his Indian wife Promina!

The festival is a time for thoroughly spring-cleaning the home and for wearing new clothes and most importantly decorating the house with fancy lights. The celebration involves lights, fireworks, heaps of Indian food. It was also a great excuse for me to wear one of Promina’s salwaar kameez and a bindi! And for Franck to borrow one of Romain’s kurta pajamas for a very good rendition of Sharukh Khan.

But there is more to it, especially in Neha and Amit’s house with its little temple to Lakshmi. We did the pooja, praying and feeding the statues of Lakshmi bits of sweets and yoghurt. Lakshmi is the Hindu goddess of wealth, fortune, beauty, pleasure, and abundance - all the goods things in life! She is the mother of Kama, the young god of love and is adored by gods, demons and humans alike.

We had great fun, and got scared just right setting alight lots of different fireworks and bangers, and I am now the proud owner of a little golden Shri Ganesh temple, a gift of the very thoughtful Neha. I reckon there are not many of them in Ouagadougou!


mardi 21 octobre 2008

Arachides, mil, haricots et la satisfaction du travail bien fait

Ce matin, nous avions rendez-vous avec Mazou à la petite boutique qu’il tient dans mon quartier. Son ‘grand frère’ nous prêtait sa moto pour aller dans son petit village près de Komsilga à 20km au sud de Ouaga pour faire les récoltes.
Au programme de la journée, récolte de mil blanc, mil rouge (le fameux ingrédient de base du dolo, la bière locale), petit mil (pour la non moins fameuse bouillie), arachides et haricots. J’attendais cette journée avec impatience, d’abord le trajet sur les pistes au petit matin, où l’on croise des femmes en vélo qui vont au marché vendre leurs légumes, des écoliers, des paysans avec leur âne, mais surtout une journée entière aux champs…
Pas de tout repos, on s’en serait douté, mais tellement satisfaisant de voir les paniers qui se remplissent, les tiges qui tombent. Dans cette petite concession, les cultures serviront tous juste à nourrir la famille, c’est seulement les arachides qui seront vendues au marché. C’est une bonne année, les pluies ont bien données et les greniers seront pleins…
La récolte du mil, couteau bien affuté à la main est l’occasion de discuter avec Mazou. Il avait lancé cette invitation un jour, où j’étais venue chercher

des bougies dans son magasin, et je ne connaissais que des bribes de son histoire.
De son ton toujours si doux, qu’il faut tendre l’oreille pour le comprendre, il regarde pensivement le champ de mil, ‘cela me rappelle beaucoup de choses d’être ici aujourd’hui’. Des bons souvenirs d’autres récoltes aux champs avec sa maman, qui est décédée quand il n’avait qu’une dizaine d’années, faute de pouvoir acheter les médicaments trop chers pour la soigner. Mazou n’a pas connu son papa, qui est mort avant sa naissance, sa mère avait alors dû se remarier à un frère du papa, comme le veut la coutume. Pour aider sa maman à joindre les deux bouts, il a fait tous les petits métiers possibles, collecter le bois en brousse et aller le vendre au village, cultiver, garder les troupeaux, mais aussi tisser des nattes ou faire des briques.
Et puis à 13 ans, après le décès de sa mère, on l’a envoyé à Ouaga, il devait aider un oncle boutiquier, mais celui-ci a fait faillite, il ne savait pas tenir son commerce, accusait Mazou de piquer dans la caisse... Mazou se retrouve alors dans la rue. Il ne pouvait pas rentrer au village, où il était une charge depuis la mort de sa mère, il voulait rester à Ouaga et travailler. Les années dans la rue, il en parle difficilement, ‘j’ai fait des choses que je ne voulais pas faire’… des choses que je ne veux pas non plus vous raconter ici. Puis la chance lui sourit, un oncle le laisse dormir dans sa cour gratuitement, il trouve un travail comme apprenti chez un soudeur, il aime le travail, mais il n’est pas payé, pas nourri, le patron estimant qu’il apprend un métier. Pour pouvoir manger le soir, il vend des cigarettes, il arrive à se nourrir pour 500F par semaine (moins de 1 euro), et la vie s’organise autour de ses deux pantalons, un pour le travail, un pour les grandes occasions. Il ne rechigne pas devant le travail et devient ensuite apprenti dans un garage, là il pourra empocher les 25F ou 100F que les gens paient pour la réparation d’un vélo ou d’une mobylette et améliorer un peu son revenu, et puis le patron lui glisse des fois 300F à la fin de la semaine, une vraie promotion pour un enfant des rues. Et finalement, la chance lui sourit, un frère du village loue une petite boutique à Samandin et lui demande de l’aider. C’était il y a 10 ans et aujourd’hui leur petit commerce marche bien. Sur les étagères, on trouve du thé, du lait concentré, du nescafé, du sucre, des sacs de riz, dentifrices et brosses à dents, et même quelques tongues, elles ne sont pas chères, car ce ne sont que des pieds gauches… dehors un frigo pour vendre les sachets d’eau glacée, un télécentre et un babyfoot.
Ce petit empire lui a permis de se constituer un petit capital, dont une bonne partie retourne dans la famille restée au village, cela permet de payer la scolarité des enfants. Nadiatou est en 3ème et veut devenir maitresse. Les trois autres eux sont en 5ème, 6ème et CM1. Mazou lui n’est jamais allé à l’école, il le regrette beaucoup et vit alors son rêve à travers eux. Il a appris le français en arrivant à Ouaga, il n’aurait jamais imaginé me dit-il pouvoir un jour raconter son histoire en français. C’est un autodidacte, et son secret ‘ne pas avoir peur de poser des questions pour comprendre et apprendre’.
La récolte du mil est finie pour aujourd’hui et le soleil est haut dans le ciel, on va tirer un peu d’eau au puits pour se désaltérer. En période d’hivernage, on a encore de l’eau à proximité, mais à partir de décembre, il faudra reprendre le chemin du forage à 3km d’ici pour remplir les canaris.
On se dirige à la queue leu leu entre les épis de mil, vers le champ d’arachides, quand soudain tout le monde stoppe net, un énorme bâton fait son apparition… un serpent dans le citronnier… je fais un large détour, imaginant qu’ici on tombe plutôt nez à nez avec des serpents venimeux que de gentilles couleuvres.
Les arachides ont été déterrées hier, elles ont séchées au soleil et aujourd’hui, on en fait des tas puis l’on s’assoit à l’ombre d’un baobab pour les trier. Les vieilles femmes peuvent aider, assises par terre, torses nues, les os saillants et la peau tannée comme du vieux cuir. Les filles aussi qui sont revenues de l’école se joignent à nous. Je me laisse bercer par le bruit des conversations en moré, je comprends une bribe par ci, par là, ‘que c’est décidément bien bizarre des nassara qui aiment venir travailler aux champs… mais est-ce qu’elle sait aussi planter avec la daba, peut-être qu’elle pourra revenir en juin semer ?’ Cela me rappelle les moments passés avec ma mère ou ma grand-mère à écosser les petits pois ou trier les haricots dans la cuisine en Normandie, ou sur la terrasse à Bourdeaux.

Finalement, on lève le camp, Awa a cuisiné une marmite de benga, le haricot local. Une noix de beurre de karité et un peu de potasse, je n’ai jamais rien mangé d’aussi délicieux !
On va devoir ‘demander la route’, mais heureusement on ne nous en donne que la moitié, comme le veut la tradition, pour être sûrs que l’on revienne. Je prends le chemin du retour à regret, je suis sûre que les ciels étoilés ici sont magnifiques, et Mazou me le confirme, on peut compter les étoiles une à une, tellement les nuits sont belles. Heureusement il reste encore 20km de piste avant de replonger dans les gaz d’échappements et se réhabituer à l’animation de la capitale, et le temps de se faire surprendre par une des dernières averses de la saison.

samedi 11 octobre 2008

Aubergines, football et rentrée des classes

(English below)

Ce matin vers 8 heures, Awa est venue pour faire le ménage, elle vient trois fois par semaine, un travail facile, comme je vis seule et passe peu de temps à la maison. Elle mène un combat sans merci contre la poussière rouge de Ouaga, fait la vaisselle, lave le linge et dès que je pars au travail, monte le volume de la radio et danse avec la serpillère sur une chorégraphie bien à elle. Je me demandais pourquoi les piles de la radio duraient si peu, et suis revenue un matin subrepticement pour découvrir que c’était Starmania à la maison.
Aujourd'hui samedi, je suis là et nous attendons même Florence. Florence est l'amie de Awa et travaillait ici, jusqu’en Mai, puis elle a donné naissance à une petite fille. Elle va revenir la semaine prochaine, l’adorable petite Malika avec elle.

Nous prenons un Nescafé, tout en parlant de leurs projets respectifs ... Awa va chercher un nouvel emploi, je ne peux pas garder les deux ici, mais je vais demander autour de moi. Sujet tout aussi important, c’est bientôt la rentrée. Elles ont toutes les deux 20 ans, mais Awa commencera le CE1, et Florence promet de reprendre son CP1, il faut qu’elle apprenne à lire et à écrire, si elle veut aider sa fille plus tard. Awa n’a pas d’enfant, mais elle a une autre motivation... texter ses amis ... Peut-être que les téléphones portables permettront de réduire le taux d'analphabétisme? Il est de 76% au Burkina Faso.
Les frais de scolarité sont de 15000 F, environ 23 euros pour une année, je m’occupe de cela, mais je veux voir des 10/10! Elles rigolent... Je sais que ce sera difficile pour elles de rester motivées, les cours sont de 18h à 20h, cinq jours par semaine, avec près de 80 élèves par classe et des profs qui préfèrent parfois donner des cours privées pour arrondir leurs fins de mois. Mais on y croit !

Après leur départ, je vais au marché, avec quelques petits arrêts en cours de route ... D’abord chez Alioune, un ami tailleur. Lui et sa femme ont eu le palu, ils ont dû aller à l'hôpital la semaine dernière, heureusement, les enfants ont été épargnés. Il est de retour à l’atelier, toujours aussi souriant, mais a perdu beaucoup de poids. A quelques portes de là, c’est un menuisier qui était venu raboter les portes des placards de cuisine (elles avaient été vernies puis fermées et hermétiquement collées par un peintre pensant bien faire…). Depuis que je lui ai donné du paracétamol pour une terrible rage de dents, il me demande toujours s’il peut réparer quelque chose à la maison... Plus loin au Maquis "De Bouche à Oreille ", il y a un Ivoirien dont j'ai oublié le nom depuis longtemps, il a une dosette de Johnny Walker dans la main... et oui, après le Nescafé, le sucre, la mayonnaise ou le ketchup, voilà sous emballage individuel de l’alcool fort. Je lui fais remarquer que c’est un peu tôt pour un whiskey, alors il promet d'attendre que j’ai le dos tourné! Nous parlons toujours de la même chose, la politique en Côte d'Ivoire. Depuis que je le connais, il dit qu’il va rentrer au pays, mais cela fait des années qu’il est à Ouaga, et boit son ticket de bus pour Port-Bouët.

Grande affluence au marché de la Cité An II, c’est samedi. Vous pouvez trouver de tout, savon, poisson séché, fruits, légumes, condiments, poulets et pintades, vélos, mais aussi des casseroles, des pagnes et la dernière mode en matière de tongues made in China!
Je prends quelques citrons verts, des oignons, du persil et de la menthe à une petite dame. A côté, je trouve des carottes, et dans une autre ruelle un kilo de tomates, la vendeuse me fait un clin d'œil et ajoute quelques gousses d’ail (produit en Chine aussi à en croire l’étiquette, ils sont décidément partout) dans le sac. Plus loin, un joli étal de concombres et d’aubergines amères, les vertes, toutes bosselées que l’on trouve ici. Là encore, on me glisse quelques petits légumes ‘cadeau’. Deux sacs bien remplis pour moins de deux euros, mais dix fois plus que ce qu’une personne en brousse dépense pour son repas. Près du goudron, il y a une nouvelle vendeuse de dégué *, je demande un bol pour 100F et attends que la glace fonde doucement dans le yaourt crémeux en discutant avec les femmes. Elles insistent pour renforcer mes sacs avec encore quelques sacs en plastique noirs, un fléau qui jonche les rues de Ouaga et envahit même les campagnes. La bataille est perdue d’avance, elles sont assez âgées pour être ma mère et savent ce qui est bien pour moi ! Elles en profitent d’ailleurs pour me proposer un second bol de dégué pour me faire grossir un peu. Le vendeur de CD à côté propose de me déposer à la maison en moto, je n’habite que 5 six-mètres*** plus loin, et décline la proposition. Décidemment ‘les nassara sont bizarres’ dit-il à marcher sous le soleil de midi ou à parler de sauver la planète en utilisant moins de sacs plastiques !

Je retrouve Cheick et ses amis qui jouent devant le portail. Cheick a 10 ans et est un vrai Don Juan qui a décidé de me faire le baisemain depuis qu’il a vu cela dans un film d’époque à la TV. Ils paraissent préoccupés, leur ballon de foot est passé sous les roues d’une voiture et le conducteur est parti sans leur donner d’argent pour en acheter un autre. Ils sont d’autant plus contrits que ce ballon était un cadeau que nous leur avions fait en avril... Bref, ils ont une proposition à me faire, ils vont trouver 250F entre eux, et si je peux contribuer à hauteur de 1000 F, on peut ‘gagner’ un nouveau ballon à 1250 F au kiosque au coin de la rue. Voilà une proposition qui ne se refuse pas, et me mets les larmes aux yeux à voir leurs petits visages si sérieux.

Le vent commence à souffler, le ciel devient noir en quelques secondes, annonçant de nouvelles pluies. C’est la fin de la saison, et Adama s’inquiète maintenant de cette pluie qui risque de faire pourrir les haricots. J’arrive à la maison juste à temps pour rentrer le linge et partager avec vous ces quelques heures dans le quartier de Samandin !

* Épais yaourt sucré servi avec de la glace et du couscous de mil
** Les Blancs
*** Petite ruelle

Back to school, vegetables and football

This morning, Awa came to clean the house around 8am, she comes three times a week, an easy job, as I live alone and spend little time in the house. She dusts the furniture, not an easy task with Ouaga’s red dust, does the washing, cleans the dishes and as soon as I leave for work, turns on the volume of the radio and does her very own little dance with the mop for hours. I worked this out, because the batteries went flat within days, and I came back subrepticely one morning to find her doing a very good rendition of Grease!
Today being Saturday, I was staying home and we were expecting Florence. Florence is Awa’s friend and used to clean here, but she left in May, to give birth. She is now ready to come back and will bring little Malika with her.

We sip cups of Nescafe, while talking about motherhood and their respective plans… Awa will have to look for a new job, I can’t keep both of them here, I promise to ask around for her. There is a new Belgian couple I met yesterday, they are looking for a house, and I am guessing they will need a cleaner. I just wonder, how they will cope with Awa’s very own cleaning techniques. Most importantly though, it’s back to school time. They are both 20, but Awa will start the CE1 (grade 2), and Florence promised to resume her CP1 (grade 1), the pressure is on for her to learn how to read and write, so she can help her daughter later. Awa doesn’t have a child, but she has another motivation to study… being able to text her friends… Maybe mobile phones will help reduce the illiteracy rate? It is as high as 76% in Burkina Faso. The fees are not prohibitive, 15000 F, about 23 euros for a year, I’ll pay for it, but I expect some good grades! They smile… I know it will be hard to keep them both motivated, adult classes are from 6 till 8pm on weekdays, but oversubscribed with 80+ people in one class and the teachers are not the most assiduous,they prefer giving private lessons for more money. But we have to start somewhere.

After they leave, I go to the market, but I have to stop a few times along the way... First at Alioune's place, a tailor friend. He and his wife had malaria for the last two weeks, they had to go to hospital, luckily the kids were spared. He is back at work and smily as ever, but lost a lot of weight. A few doors down is a handy man that came once to fix the kitchen cabinets (they’d been varnished and closed by a not-so-professional furniture maker and the doors were hermetically closed!), that day, he had a terrible toothache and hamster’s cheeks, I’d given him some paracetamol and since then, he always offers to fix something around the house for free, unfortunately, there is not much to mend in a two bedroom house… Next at the Maquis 'De Bouche à Oreille', there is an Ivorian guy, whose name I forgot long ago, he holds a stick of Johnny Walker… yes, after Nescafe, creamer, ketchup and sugar plastic doses, they have thought about doing the same for alcohol. I point out that it’s a bit early for a swig of whisky, not even noon, so he promises to wait until I go! We always have the same topic of conversation, politics in Ivory Coast. He’s been saying that he would return home, since I know him, but it’s been years, he is in Ouaga, merely drinking away his return bus ticket to Port-Bouet.

The market at Cité An II is buzzing on Saturdays. You can find everything you wish for, soap, dried fish, fruit, vegetables, seasonings, live poultry, bicycle parts, pots and pans, fabrics and the latest in Chinese flip-flop fashion! I take some limes, spring onions, parsley and mint from one little old lady. Next door, I find a bunch of very tasty but weird looking carrots, and in another alley one kilo of tomatoes, the stall holder winks and adds some peeled garlic in the bag for free. Further down, cucumbers and aubergines, the green, bitter type, we get here. Here again, I get a few extra cucumbers for free. Two bulging bags for less than two Euros, but ten times more than what people in the bush spend on food per day.
By the tarmac road is a new degue* store with yoghurt to die for, I take a little bowl of it for 100 F, watching the ice slowly melting in the thick, creamy, yoghurt, while the women chatter away and repack my bags. There is nothing I can say to stop them pulling out a string of black plastic bags to separate my cucumbers from my tomatoes, they pretend to look offended, surely they know better, they are old enough to be my mothers, and by the way, I look a bit skinny, shoud I not get another bowl of degue. I only live 5 streets down, but the guy next door worries about the weight of the bags and wants to give me a ride home on his motorbike. Walking under the midday sun seems a bit crazy to him, but then again nassara** have their own strange ways! Walking rather than taking polluting little mopeds, refusing plastic bags to save the planet a little bit...

Back home, Cheick and his friends are playing in the street, Cheick is a 10-year old Don Juan who has taken to greet me by kissing my hand, like he’s seen in a movie. They look distressed, our football has been run over by a car, and the guy just drove away, without giving them any money to buy a new one. They are gutted, and a bit shameful, because the ball was a gift from us. But they have come up with a fair deal, there are footballs for sale down the road for 1250 F, will I contribute 1000 F for a new ball, if they gather 250 F? Of course, I will, and our local football team is smiling wide. It brings tears to my eyes.

The wind is starting to blow, announcing another heavy rain. It is nearing the end of the season, but there are still some rains in the afternoon, making Adama worry for his pea crops, one more rain, and it might all just get rotten. I got home just in time to bring the washing in. And sharing with you a little slice of African life!

* Thick sugary yoghurt served with ice and millet couscous
** White people

vendredi 10 octobre 2008

"If the U.S. want to win a war...

... it is the war against malaria." (Youssou N'Dour**)
Malaria… the most common and deadly parasitic disease in the world. Malaria is a disease that is transmitted by mosquitoes to humans when an infected mosquito bites a person. It usually causes high fevers, chills, headaches, and body aches. The parasite, once in the human body, travels to the liver through the blood. The person does not get sick until the malaria parasite comes out of the liver. The parasite can stay in the liver for a very long time but the worst type of malaria usually comes out of the liver within two weeks after the bite.
There is no vaccine to protect you from malaria. Malaria commonly causes very serious disease and sometimes death. People can die within 12 hours from the time they get their first symptoms. These are the bare facts. Nasty.

Although sending the message out about how people contract malaria may sound simple, there are many myths and misconceptions about the disease. Some people truly believe that they get malaria from exerting themselves too much as they work in the fields, others that you cure it by drinking gin and tonic… Not everyone, like Hilaire, Louis and Rosalie thinks that sleeping under a moquito net is like sleeping in a nice white princess bed, some find it too hot to sleep under, others fear they might suffocate.

Education is a key factor to eradicate malaria, comparing the cost of the medication to the cost of a bed net is one of the many ways tried to convince people to protect themselves and their children. Yet for a quick buck, too many UNICEF or WHO sponsored bed nets are resold on Ouaga’s yaars* by people wanting some extra cash.
Malaria, ‘that’s not interesting’ our friend François would say. Too right, too many people catch it these days during the rainy seasons. For people in Burkina, it’s like flu, it comes around every year, most people around the office had it. I have been spared so far, but another friend caught it today, she was taking malaria pills… and spirulina… too good things to maybe lessen the symptoms and help her recover faster. But the main thing is to avoid the bites in the first place, wearing long sleeves and using insect repellent.

Malaria kills over one million children in Africa each year… Being able to produce locally some cheap impregnated mosquito nets would be a big step towards fighting the disease and protecting pregnant women and young children, who are the most at risk.

*local markets
** Youssou N'Dour, the Senegalese singer and UNICEF ambassador, embraced the cause of the fight against malaria.

dimanche 21 septembre 2008

‘Where were you on 9/11’

Stuff they could have said in the not-so-convincing exhibition at the Caen Memorial ‘Where were you on 9/11’...

3,000 people died in attacks on the Twin Towers


24,000 people died of hunger

6,020 children killed by diarrhea

2,700 children killed by measles

8,000 people died of HIV Aid related illness

5,500 people died of malaria


(source: Hagar International)

‘Ou étiez-vous le 11 septembre 2001’

Une exposition pas si convaincante au Mémorial de Caen… ce qu’ils auraient pû ajouter... Ce jour-là

3,000 personnes sont mortes dans les attentats des Twin Towers

24,000 personnes sont mortes de faim

6,020 enfants sont morts de diarrhée

2,700 enfants sont morts de la rougeole

8,000 personnes sont mortes de maladies liées au SIDA

5,500 personnes sont mortes du palu

(source: Hagar International)

samedi 20 septembre 2008

The smell of green papaya

(en français plus bas)

... A beautiful Vietnamese film which tells of the love that frees and enslaves us at the same time ... A must-see...
More prosaically, a spoonful of papaya seeds is an excellent remedy against amoebae, these small parasites that keep our African intestines company ... I think it's a trick that deserves to be shared.

And even better, not only is papaya both a fruit (raw) and vegetable (cooked), but it improves sexual performance and its leaves can be brewed to keep away mosquitoes, according to Mathieu the office watchman, who dutifully looks after the tow papaya trees growing in the yard. Useful tips in a country like Burkina Faso, where multiple marriages are as widespread as malaria...

Finally, if you were not yet convinced, papaya has more beta carotene than carrots and more vitamin C than kiwi ... dixit my friend Somaly in Cambodia.

Something I might not have learnt, had I stayed in Walthamstow!

L’odeur de la papaye verte

… Un très beau film vietnamien qui nous parle de l’amour qui nous libère et nous rend esclave à la fois… A voir absolument…

Plus prosaïquement, une cuillerée de graines de papaye est un excellent remède contre les amibes, ces petits parasites qui tiennent compagnie à nos intestins africains… je pense que c’est une astuce qui a toute sa place sur internet.

Et pour joindre l’utile à l’agréable, non seulement la papaye est un fruit (crue) et un légume (cuite), mais elle améliore les performances sexuelles et ses feuilles en infusion éloignent les moustiques, m’informe Mathieu, notre gardien au bureau qui veille avec amour sur nos deux papayers… probablement une bonne chose au Burkina Faso, où la polygamie est encore aussi répandue que le palu…

Enfin, si vous n’étiez pas encore convaincus, la papaye a plus de beta carotène que la carotte et plus de vitamine C que le kiwi… dixit mon amie Somaly au Cambodge.

Voilà encore quelque chose que je n’aurais pas appris en restant à Walthamstow!

dimanche 14 septembre 2008

'Mary who Dries your Tears'

(traduction en français ci-dessous)

Tuesday morning, we were with a group of widows in Moukassa, 5km away from Koudougou, they have chosen for their Solidarity Group the poetic name of 'Mary who Dries your Tears'… it speaks to me, I can feel a bit soapy these days … Thanks to microcredit, they go about with their small businesses, selling doughnuts or dolo**, breeding chicken. The Solidarity Group is a new family for these eighty women, whose widowhood has often excluded from their community.

The next day, sitting under a mango tree, we are witnessing the meeting of another Solidarity Group, consisting of eleven men and three women this time. They will need a loan to buy cereals, not Kellogg's Corn Flakes, but 75 small bags of red millet, white millet, peanuts and corn, this will cost 10,000 FCFA* a bag It may then be sold between 13,500 FCFA and 20,000 CFA francs in April…
At the moment in Burkina Faso, while we are waiting for harvest and because it’s Ramadan, the price of cereals is shooting up by as much as 20% in Ouagadougou, and rice has become a luxury for most… This is also where these speculative games lead…

7km away from Moukassa, in another small village, under a shea tree this time, we meet the Solidarity Group Tikwende. All there is to eat here at the moment is a bowl of porridge in the evening, fortunately there are some leaves and edible roots to grind and add to the meager rations. In the morning, the left-overs go to the youngest ones, the oldest make do with a bowl of dolo and 'each to their own' for the rest of the day, they say, laughing. At lunchtime, they will have to scavenge for a little something alone. The women are struggling enough to fill the pot once a day in the evening and feeding families of 10 to 15 people. The cellars are not quite empty yet - there is still a little something, but they must keep it to sell and in a few days be able to pay the fee to send the children to school.

In the Mouhoun region, people do not have enough food. The first crops of the season, peanuts and corn, were good, the rains have been regular since August and the availability of edible leaves helps local people to feed themselves during the lean period.
But sustainable solutions are difficult to find and the problem recurs every year, of course, we can encourage the processing of cereals for added value… Can all the initiatives like the sale of cereals at a subsidized price, cereal banks, and of course microcredit really make a difference? Shouldn’t we just give up? Of course not, because the women of 'Tikwende' or 'Mary Dries your Tears' keep their heads up and fight daily, and even in this most difficult time, they insist on giving their visitors a few eggs, as a gift ; what else to do but swallow your tears, thank them and take example.
The sun goes down, four small shepherds in a line are returning from the fields, the first one carrying her little sister on her the back while pulling a goat, the last one can’t be more than three year old, and he is dragging behind him a stubborn little kid.


For more information on Solidarity Groups: http://www.entrepreneursdumonde.org/blog/westafrica/2008_06_01_archive.html

** Dolo, local millet beer
* Eur 1 = 656 FCFA

‘Marie qui Essuie les Larmes’

Mardi matin, nous étions avec un groupe de veuves de Moukassa à 5km de Koudougou, elles ont choisi pour leur Mutuelle Solidarité le poétique nom de ‘Marie qui Essuie les Larmes’… cela me parle, j’ai la larme facile ces temps-ci… Grâce aux microcrédits, elles font du petit commerce, vendent des beignets ou du dolo**, élèvent des poulets. La Mutuelle Solidarité, c’est une nouvelle famille pour ces quatre-vingt femmes que le veuvage a souvent exclu de leur communauté.

Le lendemain, assis sous un manguier, nous assistons à la réunion d’une Mutuelle Solidarité un peu différente, composée de onze hommes et trois femmes. Ils demandent un microcrédit pour acheter des céréales, pas des Kellogg’s Corn Flakes, mais 75 sacs de petit mil, mil rouge, mil blanc, arachides, ils coûteront 10,000 FCFA* l’unité en octobre, et pourront être revendus entre 13,500 FCFA et 20,000 FCFA en avril…
En même temps en ce moment au Burkina Faso, dans l’attente des récoltes et avec la période du Ramadan, le prix des céréales est en hausse, jusque 20% à Ouagadougou, et le riz est devenu un luxe… Voilà aussi, où mènent ces jeux spéculatifs…

A 7km de Moukassa, dans le petit village où habitent les membres de la Mutuelle Solidarité Tikwende, on ne mange la bouillie que le soir, et heureusement qu’il y a des feuilles et des racines comestibles pour remplir un peu l’estomac, on les pile et on les ajoute aux maigres rations. Le matin, les restes seront pour les petits, les plus grands se rassasieront avec une calebasse de dolo et ‘sauve qui peut’ pour le reste de la journée, racontent-ils, rieurs. Le midi, chacun se débrouille.
Ce sont les femmes qui se démènent pour remplir la marmite le soir et nourrir des familles de 10 à 15 personnes, les greniers ne sont pas tout à fait vides nous disent-elles, il reste un petit quelque chose, mais il faut le garder pour payer dans quelques jours la scolarité des enfants qui reprendront l’école.

Dans la boucle du Mouhoun, les gens ne disposent pas suffisamment de ressources vivrières. Les premières récoltes d’arachides et de maïs ont été bonnes, les pluies ont été régulières depuis août et la disponibilité de feuilles comestibles aide les populations locales à se nourrir pendant la période de soudure.
Les solutions durables sont difficiles à trouver, encourager la transformation des céréales, les cultures vivrières… Toutes ces initiatives en cours de vente de céréales à prix social, de banques de céréales, et bien sûr de microcrédits peuvent elles changer la donne durablement ? Pourquoi ne pas baisser les bras ? Parce qu’elles-mêmes les femmes de ‘Tikwende’ ou ‘Marie qui Essuie les Larmes’ gardent la tête haute et se battent, et même en cette période difficile, elles auront trouvé quelques œufs de pintade à offrir à leurs visiteurs, qui ravalent leurs larmes et prennent exemple.
Le soleil se couche, quatre petits bergers à la queue leu leu rentrent des champs, la première porte une petite sœur dans le dos tout en tirant une chèvre, le dernier n’a pas plus de trois ans et promène à la longe un minuscule chevreau récalcitrant.



Pour plus d'information sur les Mutuelles Solidarité: http://www.entrepreneursdumonde.org/blog/afriquedelouest/2008_06_01_archive.html

** dolo, bière de mil locale
* 1 Eur = 656 FCFA

jeudi 21 août 2008

Immersion d’un mois au sein d’EDM Afrique de l’Ouest…

Aujourd'hui, je laisse la parole à Cécile qui est venue passer un mois au Burkina Faso... après quelques mois à travailler en solo, j'étais ravie d'avoir à la fois une amie, une collègue et une colloc sur place! Et une contributrice pour mon blog... bonus! Elle vient de prolonger son séjour de 5 jours... il y a encore du travail... des endroits à visiter... et puis le Burkina Faso est un pays attachant que l'on a du mal à quitter. Quand elle 'demandera la route', comme on dit ici, 'on ne lui en donnera que la moitié', comme le veut la coutume burkinabé... pour qu'elle revienne vite! Bonne lecture!

"Ayant décidé de venir prêter main forte à Laetitia pendant mes vacances du mois d’août, je débarque donc un petit matin de fin juillet à l’aéroport de Ouagadougou, n’ayant en tête que les souvenirs d’un ami ayant passé quelques mois ici il y a quelques années : « Tu verras, Ouaga, c’est beaucoup de pollution, des gens très sympas, mais aussi quelques filous, et du riz, beaucoup de riz… »
Donc autant dire que je débarque sans a priori, ni idée préconçue de ce que j’allais trouver là, je me disais finalement qu’habitant à deux pas du quartier parisien animé de Château Rouge, je n’allais peut être pas être complètement dépaysée… Ah bon ?
Bon déjà, malgré toute la bonne volonté ( ?) des autorités compétentes, il faut savoir que les sociétés en charge de la voirie n’ont pas l’air de travailler à plein temps : en effet, Ouaga, c’est quelques artères en « goudron », le reste c’est de la terre, des trous, des flaques... J’apprends donc rapidement qu’il y a le « goudron », mais aussi le « nouveau goudron » au bout de ma rue soit la dernière artère en date. Le reste c’est donc de la terre rouge qui colle aux chaussures. Bon.
Ensuite, pour se déplacer, ça a l’air simple quand on a son guide du routard en poche, mais ce n’est pas encore tout à fait comme chez nous… Déjà, malgré la présence d’arrêts de bus, eh bien des bus, on n’en voit pas beaucoup. Et surtout, on ne sait jamais trop ni où ils vont, ni surtout à quelle heure ils passent. Donc, je comprends vite que le moyen de se déplacer le plus approprié est le taxi, facilement repérable grâce à sa couleur verte. Prix de la course pour un local : 200 FCFA si c’est sur le chemin du taxi. Pour nous, c’est souvent 300 ou 400 FCFA. Ensuite, les rues changent tellement souvent de nom que les gens ont pris l’habitude de se repérer par rapport aux bâtiments... Bon d’accord. Donc pour rentrer chez moi, c’est « lycée St Jo » ou « Burkina décor » le long du goudron, et pour aller au travail, c’est « station Shell de Koulouba ». Ou « station Total de Koulouba »... Ah oui, il faut savoir que ces deux là se partagent un marché juteux puisque les Ouagalais ne se déplacent que peu à pied et usent et abusent des mobylettes (les fameuses P50), des scooters et des vieilles carcasses importées d’Europe (on peut voir ici des taxis parisiens, si, si). Mais comme chez nous, là aussi, le pouvoir d’achat est mis en berne : comptez 20 000 FCFA (30 €) par mois d’essence pour la P50 d’une animatrice de la MUFEDE (l’une des deux IMF partenaires d’Entrepreneurs du Monde) qui va faire sa tournée dans Ouaga tous les jours... Là où notre animatrice reçoit une compensation essence de 10 000 et gagne environ 50 000 FCFA par mois... Alors TOTAL / SHELL, même combat. No comment.
Au travail, le rythme s’installe vite... la MUFEDE compte une petite dizaine de personnes, dont les fameuses animatrices qui font la collecte de l’épargne tous les jours dans leurs zones respectives. Les journées de travail ont à peu près les mêmes horaires que chez nous à la différence près d’une longue pause entre 12h30 et 15H pour le déjeuner et la sieste. Il faut dire qu’en ce moment, il fait 35 degrés. En avril 45.
Ma première semaine est donc consacrée à la prise de connaissance de l’environnement : tout le monde me souhaite une « bonne arrivée », me demande si je vais bien, si la santé et la famille vont bien. Jusque là oui. Je passe également une journée en mob avec une animatrice sur les marchés, chez les petits commerçants du centre ville. Ce qui me permet en même temps de faire connaissance avec la ville et ses merveilles... : marché aux légumes, maquis et ses plats typiques, marchands en tous genres, fabricantes de dolo, le cidre local issu de la fermentation du mil... la MUFEDE octroie des prêts relativement faibles à ces personnes après étude de la viabilité de leur activité ou bien leur permet d’épargner tous les jours via le doni doni (petit à petit en mooré)
Dans la rue, je me rends bien compte que j’attire les regards puisque l’ensemble des enfants mais aussi les adultes m’affublent bien volontiers du nom de « Nassara », la blanche. Ah oui, tiens, c’est vrai pour une fois, c’est moi qui ne suis pas comme tout le monde. Mais finalement, les gens sont tellement sympas qu’on s’en rendrait à peine compte.
Les journées de travail passent vite : rencontres avec les différentes personnes de la MUFEDE et l’ASIENA (la 2me IMF partenaire) et prise de connaissance de leurs outils de travail. Là aussi, l’étonnement est permanent…. La compta est faite à la main, si, si on remplit des bordereaux manuels et on ressaisit tout dans Excel avec beaucoup de zéros puisqu’on compte en FCFA. Côté informatique, même si on est doté d’ordinateurs, on ne sauvegarde pas les données, malgré les virus et autres coupures électriques régulières… Il va falloir se retrousser les manches….
Pour le déjeuner, le choix est vaste : soit le maquis pour un repas « cher » à 1500 FCFA, assise au frais... Soit une assiette dans la rue pour 100 FCFA, ça dépend de l’envie. De toute façon, pour le régime diététique on repassera : riz haricots secs, couscous, riz sauce, riz gras, attieke (sorte de purée) ou tô (sorte de polenta). Bref du bon, du lourd. Heureusement, je me venge en achetant des mangues dans la rue : succulentes, sucrées… et puis, je vais craquer également de temps en temps pour un sandwich jambon-beurre-cornichons à la fameuse boulangerie de Koulouba qui regorge de pains au chocolat et autres pains aux raisins. A noter que les clients sont rares et blancs, tiens donc, ah oui le pain au chocolat est à 350 FCFA, soit 3 fois un riz-sauce.
Les journées sont denses et finissent vers 18H30, heure à laquelle tout le monde rentre chez soi, en priant pour que l’orage n’éclate pas quand on est sur la mob.. Pendant l’hivernage, il pleut des trombes dès la tombée de la nuit. Donc vite, à la maison. En taxi, on est au sec, mais souvent tassés puisqu’on peut être 5 ou 6 clients dans une voiture bien rafistolée... Arrivée dans le quartier Samandin, quartier populaire au sud du Centre Ville, je retrouve tous les enfants de ma rue qui ont retenu mon prénom dès la 1er jour, il faut dire que les Burkinabé portent tous les vieux prénoms de la terre : Boniface, Marguerite, Madeleine, Sylvie, Adeline, Didier... Donc Cécile ça fait partie du lot ! Bref, je serre des mains, j’essaie de me souvenir des prénoms, je demande si les vacances se passent bien... Mais je me rends compte que pour un certain nombre d’entre eux, les vacances c’est toute l’année. Comptez 15 000 FCFA par an pour aller à l’école maternelle, sans compter le prix des fournitures. Par comparaison, le salaire minimum ici est de 30 000 FCFA. Donc quand vous avez 3 enfants, le choix est vite fait…
Au fur et à mesure de mon installation, je commence à connaître les habitudes du quartier : il y a donc le pressing qui « lave et rerasse », le cybercafé, les dames qui servent soit le riz et l’attiéké le soir, soit le sandwich à la viande le matin voire ces fameux petits beignets de mil pas mauvais du tout pour le petit-déjeuner. Je fais également connaissance du tailleur, ami indispensable de la femme burkinabé puisqu’ici les hommes et les femmes prêtent une attention importante à leur habillement, d’où le nombre important de pressings et tailleurs. Donc après achat des fameux pagnes, je discute de longues minutes avec le tailleur pour savoir ce qui me siérait le mieux : une robe ? une jupe et un haut ? sans manches ? petites manches ? long ? court ? ah là, là , c’est difficile de choisir tant les modèles sont nombreux. Bon mon choix est fait et j’ai encore le temps de racheter du tissu !
Autre commerce florissant : le télécentre qui vend les fameuses cartes de téléphone mobile indispensables pour téléphoner puisque les abonnements n’existent pas ici au vu des revenus des gens. Le marché compte trois opérateurs principaux : Celtel, Telmob et Telecel. Les Burkinabé ont au minimum 2 portables en fonction des numéros qu’ils appellent : et oui, les prix sont différents entre les opérateurs et puis parfois la couverture fait défaut. Le burkinabé a aussi le vilain défaut de vous « bipper » pour que vous le rappeliez et il n’hésite pas à vous demander votre numéro deux minutes après avoir fait votre connaissance…Ce qui me vaudra de nombreux appels intempestifs. La prochaine fois, je ferai ma française et ne donnerai pas mon numéro aussi facilement !
Il faut dire que les Burkinabé sont très curieux de la France et surtout connaissent presque aussi bien que nous ce qui se passe dans l’Hexagone : ainsi quand je me suis présentée les 1ers jours, certains m’appelaient plutôt « Cécilia » au lieu de « Cécile » en faisant référence à l’ex-première dame. Mouais. On me parle également volontiers de Sarko, pas en bien d’ailleurs. En dehors de la politique, les Burkinabé sont fascinés par 3 choses : le football français, le PMU et les femmes françaises. Pour le 1er point, il faut savoir qu’ici les gens écoutent beaucoup RFI et suivent de très près les matchs de foot français. Soit. Pour le PMU, là encore, je suis tombée des nues : j’avais bien remarqué de nombreuses petites boutiques PMU mais naïvement, je pensais qu’il s’agissait de courses ayant lieu à Ouaga puisque j’avais entendu parler d’un hippodrome. En fait, l’hippodrome ne sert plus depuis bien longtemps, les quelques chevaux vus ici sont de bien maigres bêtes : les paris concernent donc bien les courses d’Auteuil et Vincennes et les hommes Burkinabé sont fans ! Enfin, concernant les femmes blanches, là je pourrais en écrire des pages… Enfin, il faut juste savoir que la drague burkinabée existe et que certains hommes français pourraient bien s’en inspirer, cela faciliterait certainement les contacts ! Ici, pas de chichi : on vous demande votre prénom, si vous êtes mariée et le cas échéant, on vous explique que vous devriez rester au Burkina et que vous trouveriez aisément un mari. Il y a aussi la drague poète où on vous donne gentiment un petit mot expliquant qu’on aimerait vous revoir et mieux vous connaître. Attention, le don du n° de tél entraîne la réception de moults messages tous plus illisibles les uns que les autres, ékritur texto oblige : « Salu cé Djibril le guid, j’aimeré venir a waga pr mieux te connaitr ».
En dehors de ça, les Burkinabé sont tous quasiment mariés, le célibat étant assez mal vu et le divorce assez rare. Les Ouagalais sont soit musulmans (le muezzin a ses petites habitudes vers 4h du matin dans mon quartier, ça je ne m’y habituerai pas en un mois malgré mon immersion marocaine), mais à la MUFEDE les gens sont surtout catholiques et ici cela prend tout son sens puisqu’on remet beaucoup de choses à Dieu : le midi, certaines femmes de la MUFEDE vont se recueillir à la cathédrale, ce que je ferai également un midi : ça soulage l’esprit et pour elles, ça va même parfois jusqu’à remplir l’estomac. Là encore pas de commentaires mais sachez juste que le salaire d’une gérante est de 80 000 FCFA, que l’essence est chère, que l’électricité et l’eau ne sont pas donnés (d’où pas mal de gens qui vivent dans des non-lotis sans eau ni électricité) et que 4 mangues valent 500 FCFA. En comparaison, si vous gagnez 2000 euros nets en France, cela voudrait dire que vous paieriez l’équivalent de 12,5 euros pour 4 mangues : alors, vous en mangeriez souvent vous ? Du coup, après la cathédrale, je paie ma tournée de riz sauce et de Coca à mes deux collègues, qui après le bénédicité me remercieront du fond du cœur pour ce repas. Total de l’addition 1 300 FCFA, 2 euros.
Voilà quelques impressions après une première moitié de séjour, il y aurait encore beaucoup à dire tellement de choses étonnent… pourquoi pas plus de routes goudronnées alors que la ville vient de construire un échangeur routier énorme que les gens savent à peine utiliser ? Pourquoi pas d’écoles gratuites ? Pourquoi une espérance de vie aussi faible (55 ans) alors que le SIDA est relativement bien maîtrisé ici (autour de 4 %) ? Bref, ici c’est le royaume de la débrouille, de la fatalité, (notamment concernant le palu qui fait des ravages en cette saison). Malgré cela, les gens ont le sourire, la pauvreté et la saleté ne sautent pas aux yeux quand on se balade dans les rues loin de là : les chemises sont bien repassées, il y a peu de mendiants... Bref, on est dignes même si on a faim. Leçon de vie. "