dimanche 14 septembre 2008

‘Marie qui Essuie les Larmes’

Mardi matin, nous étions avec un groupe de veuves de Moukassa à 5km de Koudougou, elles ont choisi pour leur Mutuelle Solidarité le poétique nom de ‘Marie qui Essuie les Larmes’… cela me parle, j’ai la larme facile ces temps-ci… Grâce aux microcrédits, elles font du petit commerce, vendent des beignets ou du dolo**, élèvent des poulets. La Mutuelle Solidarité, c’est une nouvelle famille pour ces quatre-vingt femmes que le veuvage a souvent exclu de leur communauté.

Le lendemain, assis sous un manguier, nous assistons à la réunion d’une Mutuelle Solidarité un peu différente, composée de onze hommes et trois femmes. Ils demandent un microcrédit pour acheter des céréales, pas des Kellogg’s Corn Flakes, mais 75 sacs de petit mil, mil rouge, mil blanc, arachides, ils coûteront 10,000 FCFA* l’unité en octobre, et pourront être revendus entre 13,500 FCFA et 20,000 FCFA en avril…
En même temps en ce moment au Burkina Faso, dans l’attente des récoltes et avec la période du Ramadan, le prix des céréales est en hausse, jusque 20% à Ouagadougou, et le riz est devenu un luxe… Voilà aussi, où mènent ces jeux spéculatifs…

A 7km de Moukassa, dans le petit village où habitent les membres de la Mutuelle Solidarité Tikwende, on ne mange la bouillie que le soir, et heureusement qu’il y a des feuilles et des racines comestibles pour remplir un peu l’estomac, on les pile et on les ajoute aux maigres rations. Le matin, les restes seront pour les petits, les plus grands se rassasieront avec une calebasse de dolo et ‘sauve qui peut’ pour le reste de la journée, racontent-ils, rieurs. Le midi, chacun se débrouille.
Ce sont les femmes qui se démènent pour remplir la marmite le soir et nourrir des familles de 10 à 15 personnes, les greniers ne sont pas tout à fait vides nous disent-elles, il reste un petit quelque chose, mais il faut le garder pour payer dans quelques jours la scolarité des enfants qui reprendront l’école.

Dans la boucle du Mouhoun, les gens ne disposent pas suffisamment de ressources vivrières. Les premières récoltes d’arachides et de maïs ont été bonnes, les pluies ont été régulières depuis août et la disponibilité de feuilles comestibles aide les populations locales à se nourrir pendant la période de soudure.
Les solutions durables sont difficiles à trouver, encourager la transformation des céréales, les cultures vivrières… Toutes ces initiatives en cours de vente de céréales à prix social, de banques de céréales, et bien sûr de microcrédits peuvent elles changer la donne durablement ? Pourquoi ne pas baisser les bras ? Parce qu’elles-mêmes les femmes de ‘Tikwende’ ou ‘Marie qui Essuie les Larmes’ gardent la tête haute et se battent, et même en cette période difficile, elles auront trouvé quelques œufs de pintade à offrir à leurs visiteurs, qui ravalent leurs larmes et prennent exemple.
Le soleil se couche, quatre petits bergers à la queue leu leu rentrent des champs, la première porte une petite sœur dans le dos tout en tirant une chèvre, le dernier n’a pas plus de trois ans et promène à la longe un minuscule chevreau récalcitrant.



Pour plus d'information sur les Mutuelles Solidarité: http://www.entrepreneursdumonde.org/blog/afriquedelouest/2008_06_01_archive.html

** dolo, bière de mil locale
* 1 Eur = 656 FCFA

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