samedi 10 juillet 2010

Oui, mais...

Jour J moins 3… Je rentre en France lundi soir… Je devrais me réjouir de rentrer… Oui, mais…

Hier soir, je suis passé à la boutique de Mazou, c’est un défilé sans fin, car c’est la dernière journée pour avoir bonus ! 200% de bonus sur Celtel, 100% sur Telmob… rien sur Telecel… "Sap, sap", "vite, vite", avant minuit ! Il ne faiblit pas, même s’il est ‘rhumé’, il fait froid avec l’arrivée des pluies, il faut dire… pour nous !

Cet après-midi, le chauffeur de taxi qui m’emmène en ville ‘vous êtes une belle femme’… Pour couper court, j’assène que je suis mariée, mais voilà, mal m’en prend… ‘mais vous n’avez pas encore d’enfant ? il y a un problème ? pourtant vous faites fouka fouka ?’… Oui, mais…

Sur le chemin du retour, je suis encore à quelques six-mètres de chez moi, je ne connais pas bien les habitants par ici, mais une jeune femme souriante sur son vélo m’interpelle ‘Laetitia, tu ne demandes pas de nouvelles de notre Guibi ?’… Je ne la reconnais pas, mais oui, bien sûr que je veux des nouvelles de Guibi, un petit voisin de 14 ans qui a quitté le quartier il y a près d’un an. Guibi n’allait pas à l’école, la maman de Guibi n’avait pas d’argent, Guibi a volé une poule, et mal lui en avait pris… Des conciliabules au sommet avaient eu lieu à l’époque, ‘il avait volé, oui, mais il avait faim…’ Personne ne m’a écouté bien sûr, moi et mes idées de Blanche ! Et il est parti comme apprenti chez un menuisier. J’apprends que maintenant il travaille dans une boutique qui vend des vêtements non loin du marché de Paag Layiri…

J’arrive près de chez moi, un trio pas plus haut que trois pommes se jette dans mes jambes, René, Madi, Fadel… Ils ont fabriqué un masque qui ne paie pas de mine, un vieux carton, deux trous, un bout de ficelle… mais quelle fierté ! Ils sont couverts de boue, moi aussi maintenant, mais on s'en fiche, c'est tellement bien qu'il pleuve!

Toutes ces petites histoires qui ne riment à rien pour d’autres, mais me donnent le sentiment que j’appartiens un peu à ici… A l’idée de partir 2 mois loin de ces sourires, de cette poussière rouge et de cette odeur de soumbala dans l’air du soir… Je me sens toute nostalgique…