jeudi 21 août 2008

Immersion d’un mois au sein d’EDM Afrique de l’Ouest…

Aujourd'hui, je laisse la parole à Cécile qui est venue passer un mois au Burkina Faso... après quelques mois à travailler en solo, j'étais ravie d'avoir à la fois une amie, une collègue et une colloc sur place! Et une contributrice pour mon blog... bonus! Elle vient de prolonger son séjour de 5 jours... il y a encore du travail... des endroits à visiter... et puis le Burkina Faso est un pays attachant que l'on a du mal à quitter. Quand elle 'demandera la route', comme on dit ici, 'on ne lui en donnera que la moitié', comme le veut la coutume burkinabé... pour qu'elle revienne vite! Bonne lecture!

"Ayant décidé de venir prêter main forte à Laetitia pendant mes vacances du mois d’août, je débarque donc un petit matin de fin juillet à l’aéroport de Ouagadougou, n’ayant en tête que les souvenirs d’un ami ayant passé quelques mois ici il y a quelques années : « Tu verras, Ouaga, c’est beaucoup de pollution, des gens très sympas, mais aussi quelques filous, et du riz, beaucoup de riz… »
Donc autant dire que je débarque sans a priori, ni idée préconçue de ce que j’allais trouver là, je me disais finalement qu’habitant à deux pas du quartier parisien animé de Château Rouge, je n’allais peut être pas être complètement dépaysée… Ah bon ?
Bon déjà, malgré toute la bonne volonté ( ?) des autorités compétentes, il faut savoir que les sociétés en charge de la voirie n’ont pas l’air de travailler à plein temps : en effet, Ouaga, c’est quelques artères en « goudron », le reste c’est de la terre, des trous, des flaques... J’apprends donc rapidement qu’il y a le « goudron », mais aussi le « nouveau goudron » au bout de ma rue soit la dernière artère en date. Le reste c’est donc de la terre rouge qui colle aux chaussures. Bon.
Ensuite, pour se déplacer, ça a l’air simple quand on a son guide du routard en poche, mais ce n’est pas encore tout à fait comme chez nous… Déjà, malgré la présence d’arrêts de bus, eh bien des bus, on n’en voit pas beaucoup. Et surtout, on ne sait jamais trop ni où ils vont, ni surtout à quelle heure ils passent. Donc, je comprends vite que le moyen de se déplacer le plus approprié est le taxi, facilement repérable grâce à sa couleur verte. Prix de la course pour un local : 200 FCFA si c’est sur le chemin du taxi. Pour nous, c’est souvent 300 ou 400 FCFA. Ensuite, les rues changent tellement souvent de nom que les gens ont pris l’habitude de se repérer par rapport aux bâtiments... Bon d’accord. Donc pour rentrer chez moi, c’est « lycée St Jo » ou « Burkina décor » le long du goudron, et pour aller au travail, c’est « station Shell de Koulouba ». Ou « station Total de Koulouba »... Ah oui, il faut savoir que ces deux là se partagent un marché juteux puisque les Ouagalais ne se déplacent que peu à pied et usent et abusent des mobylettes (les fameuses P50), des scooters et des vieilles carcasses importées d’Europe (on peut voir ici des taxis parisiens, si, si). Mais comme chez nous, là aussi, le pouvoir d’achat est mis en berne : comptez 20 000 FCFA (30 €) par mois d’essence pour la P50 d’une animatrice de la MUFEDE (l’une des deux IMF partenaires d’Entrepreneurs du Monde) qui va faire sa tournée dans Ouaga tous les jours... Là où notre animatrice reçoit une compensation essence de 10 000 et gagne environ 50 000 FCFA par mois... Alors TOTAL / SHELL, même combat. No comment.
Au travail, le rythme s’installe vite... la MUFEDE compte une petite dizaine de personnes, dont les fameuses animatrices qui font la collecte de l’épargne tous les jours dans leurs zones respectives. Les journées de travail ont à peu près les mêmes horaires que chez nous à la différence près d’une longue pause entre 12h30 et 15H pour le déjeuner et la sieste. Il faut dire qu’en ce moment, il fait 35 degrés. En avril 45.
Ma première semaine est donc consacrée à la prise de connaissance de l’environnement : tout le monde me souhaite une « bonne arrivée », me demande si je vais bien, si la santé et la famille vont bien. Jusque là oui. Je passe également une journée en mob avec une animatrice sur les marchés, chez les petits commerçants du centre ville. Ce qui me permet en même temps de faire connaissance avec la ville et ses merveilles... : marché aux légumes, maquis et ses plats typiques, marchands en tous genres, fabricantes de dolo, le cidre local issu de la fermentation du mil... la MUFEDE octroie des prêts relativement faibles à ces personnes après étude de la viabilité de leur activité ou bien leur permet d’épargner tous les jours via le doni doni (petit à petit en mooré)
Dans la rue, je me rends bien compte que j’attire les regards puisque l’ensemble des enfants mais aussi les adultes m’affublent bien volontiers du nom de « Nassara », la blanche. Ah oui, tiens, c’est vrai pour une fois, c’est moi qui ne suis pas comme tout le monde. Mais finalement, les gens sont tellement sympas qu’on s’en rendrait à peine compte.
Les journées de travail passent vite : rencontres avec les différentes personnes de la MUFEDE et l’ASIENA (la 2me IMF partenaire) et prise de connaissance de leurs outils de travail. Là aussi, l’étonnement est permanent…. La compta est faite à la main, si, si on remplit des bordereaux manuels et on ressaisit tout dans Excel avec beaucoup de zéros puisqu’on compte en FCFA. Côté informatique, même si on est doté d’ordinateurs, on ne sauvegarde pas les données, malgré les virus et autres coupures électriques régulières… Il va falloir se retrousser les manches….
Pour le déjeuner, le choix est vaste : soit le maquis pour un repas « cher » à 1500 FCFA, assise au frais... Soit une assiette dans la rue pour 100 FCFA, ça dépend de l’envie. De toute façon, pour le régime diététique on repassera : riz haricots secs, couscous, riz sauce, riz gras, attieke (sorte de purée) ou tô (sorte de polenta). Bref du bon, du lourd. Heureusement, je me venge en achetant des mangues dans la rue : succulentes, sucrées… et puis, je vais craquer également de temps en temps pour un sandwich jambon-beurre-cornichons à la fameuse boulangerie de Koulouba qui regorge de pains au chocolat et autres pains aux raisins. A noter que les clients sont rares et blancs, tiens donc, ah oui le pain au chocolat est à 350 FCFA, soit 3 fois un riz-sauce.
Les journées sont denses et finissent vers 18H30, heure à laquelle tout le monde rentre chez soi, en priant pour que l’orage n’éclate pas quand on est sur la mob.. Pendant l’hivernage, il pleut des trombes dès la tombée de la nuit. Donc vite, à la maison. En taxi, on est au sec, mais souvent tassés puisqu’on peut être 5 ou 6 clients dans une voiture bien rafistolée... Arrivée dans le quartier Samandin, quartier populaire au sud du Centre Ville, je retrouve tous les enfants de ma rue qui ont retenu mon prénom dès la 1er jour, il faut dire que les Burkinabé portent tous les vieux prénoms de la terre : Boniface, Marguerite, Madeleine, Sylvie, Adeline, Didier... Donc Cécile ça fait partie du lot ! Bref, je serre des mains, j’essaie de me souvenir des prénoms, je demande si les vacances se passent bien... Mais je me rends compte que pour un certain nombre d’entre eux, les vacances c’est toute l’année. Comptez 15 000 FCFA par an pour aller à l’école maternelle, sans compter le prix des fournitures. Par comparaison, le salaire minimum ici est de 30 000 FCFA. Donc quand vous avez 3 enfants, le choix est vite fait…
Au fur et à mesure de mon installation, je commence à connaître les habitudes du quartier : il y a donc le pressing qui « lave et rerasse », le cybercafé, les dames qui servent soit le riz et l’attiéké le soir, soit le sandwich à la viande le matin voire ces fameux petits beignets de mil pas mauvais du tout pour le petit-déjeuner. Je fais également connaissance du tailleur, ami indispensable de la femme burkinabé puisqu’ici les hommes et les femmes prêtent une attention importante à leur habillement, d’où le nombre important de pressings et tailleurs. Donc après achat des fameux pagnes, je discute de longues minutes avec le tailleur pour savoir ce qui me siérait le mieux : une robe ? une jupe et un haut ? sans manches ? petites manches ? long ? court ? ah là, là , c’est difficile de choisir tant les modèles sont nombreux. Bon mon choix est fait et j’ai encore le temps de racheter du tissu !
Autre commerce florissant : le télécentre qui vend les fameuses cartes de téléphone mobile indispensables pour téléphoner puisque les abonnements n’existent pas ici au vu des revenus des gens. Le marché compte trois opérateurs principaux : Celtel, Telmob et Telecel. Les Burkinabé ont au minimum 2 portables en fonction des numéros qu’ils appellent : et oui, les prix sont différents entre les opérateurs et puis parfois la couverture fait défaut. Le burkinabé a aussi le vilain défaut de vous « bipper » pour que vous le rappeliez et il n’hésite pas à vous demander votre numéro deux minutes après avoir fait votre connaissance…Ce qui me vaudra de nombreux appels intempestifs. La prochaine fois, je ferai ma française et ne donnerai pas mon numéro aussi facilement !
Il faut dire que les Burkinabé sont très curieux de la France et surtout connaissent presque aussi bien que nous ce qui se passe dans l’Hexagone : ainsi quand je me suis présentée les 1ers jours, certains m’appelaient plutôt « Cécilia » au lieu de « Cécile » en faisant référence à l’ex-première dame. Mouais. On me parle également volontiers de Sarko, pas en bien d’ailleurs. En dehors de la politique, les Burkinabé sont fascinés par 3 choses : le football français, le PMU et les femmes françaises. Pour le 1er point, il faut savoir qu’ici les gens écoutent beaucoup RFI et suivent de très près les matchs de foot français. Soit. Pour le PMU, là encore, je suis tombée des nues : j’avais bien remarqué de nombreuses petites boutiques PMU mais naïvement, je pensais qu’il s’agissait de courses ayant lieu à Ouaga puisque j’avais entendu parler d’un hippodrome. En fait, l’hippodrome ne sert plus depuis bien longtemps, les quelques chevaux vus ici sont de bien maigres bêtes : les paris concernent donc bien les courses d’Auteuil et Vincennes et les hommes Burkinabé sont fans ! Enfin, concernant les femmes blanches, là je pourrais en écrire des pages… Enfin, il faut juste savoir que la drague burkinabée existe et que certains hommes français pourraient bien s’en inspirer, cela faciliterait certainement les contacts ! Ici, pas de chichi : on vous demande votre prénom, si vous êtes mariée et le cas échéant, on vous explique que vous devriez rester au Burkina et que vous trouveriez aisément un mari. Il y a aussi la drague poète où on vous donne gentiment un petit mot expliquant qu’on aimerait vous revoir et mieux vous connaître. Attention, le don du n° de tél entraîne la réception de moults messages tous plus illisibles les uns que les autres, ékritur texto oblige : « Salu cé Djibril le guid, j’aimeré venir a waga pr mieux te connaitr ».
En dehors de ça, les Burkinabé sont tous quasiment mariés, le célibat étant assez mal vu et le divorce assez rare. Les Ouagalais sont soit musulmans (le muezzin a ses petites habitudes vers 4h du matin dans mon quartier, ça je ne m’y habituerai pas en un mois malgré mon immersion marocaine), mais à la MUFEDE les gens sont surtout catholiques et ici cela prend tout son sens puisqu’on remet beaucoup de choses à Dieu : le midi, certaines femmes de la MUFEDE vont se recueillir à la cathédrale, ce que je ferai également un midi : ça soulage l’esprit et pour elles, ça va même parfois jusqu’à remplir l’estomac. Là encore pas de commentaires mais sachez juste que le salaire d’une gérante est de 80 000 FCFA, que l’essence est chère, que l’électricité et l’eau ne sont pas donnés (d’où pas mal de gens qui vivent dans des non-lotis sans eau ni électricité) et que 4 mangues valent 500 FCFA. En comparaison, si vous gagnez 2000 euros nets en France, cela voudrait dire que vous paieriez l’équivalent de 12,5 euros pour 4 mangues : alors, vous en mangeriez souvent vous ? Du coup, après la cathédrale, je paie ma tournée de riz sauce et de Coca à mes deux collègues, qui après le bénédicité me remercieront du fond du cœur pour ce repas. Total de l’addition 1 300 FCFA, 2 euros.
Voilà quelques impressions après une première moitié de séjour, il y aurait encore beaucoup à dire tellement de choses étonnent… pourquoi pas plus de routes goudronnées alors que la ville vient de construire un échangeur routier énorme que les gens savent à peine utiliser ? Pourquoi pas d’écoles gratuites ? Pourquoi une espérance de vie aussi faible (55 ans) alors que le SIDA est relativement bien maîtrisé ici (autour de 4 %) ? Bref, ici c’est le royaume de la débrouille, de la fatalité, (notamment concernant le palu qui fait des ravages en cette saison). Malgré cela, les gens ont le sourire, la pauvreté et la saleté ne sautent pas aux yeux quand on se balade dans les rues loin de là : les chemises sont bien repassées, il y a peu de mendiants... Bref, on est dignes même si on a faim. Leçon de vie. "

dimanche 17 août 2008

Leaving Cotonou… trying to…

Attempting the Cotonou-Ouaga journey in one stretch… 1120km or so… The little bus station in Akpakpa in Cotonou is tucked away next to the Grand Mosque. I left the guest house in what I thought was plenty of time to get to the bus station by 7pm, but… As I stepped out, I met one of the staff, who asked me, what time my plane was at…it should have been a warning sign! The zem driver I hailed had a gentle smile and gave me a really good price, so I did not pay much attention to his bike, mistake! It’s only 500m down the road that it started huffing and puffing, and came to a stop. I wondered if maybe my backpack straps got caught in the wheels, but it was nothing to do with me. He triumphantly held in his hand a broken bit of electric wire, he then proceeded to tie back where it belonged under some rotten metal plate with some double knots, at the same time reassuring me that the brakes were still functioning! I made a mental note to tip him well, so he could get his bike fixed and we set off again, a slight smell of burning coming from the engine, but no flames!
We needn’t have worried about the brakes, because we hit the worst traffic jam, I ever came across from China to Mexico and it took over 1 hour to make a 15 minute journey. Cars and motorbikes were bumper to bumper and the air was thick with exhaust fumes, so that like often in Cotonou, I felt like I’d been chain smoking again. There was no lack of explanations for the blocked streets, as we made slow progress towards the bridge though: two broken down cars on the pavement with angry drivers shouting at each other, further down a broken traffic light with a disabused policeman trying to clear the crossing, and to top it all off, on the bridge a truck had lost its load of pineapples and they were rolling down the gutter… But at last, the way was clear!
At the bus station, boxes, bags and cases were already piling high, but it was going to be another 3 hours until we left Cotonou. Our bus was adorned with a running jaguar and the promise of a fast smooth trip… When I booked my ticket two days earlier, I’d been given the choice between a 505 for 18000 FCFA, but the guy thought worth mentioning the chances of road accident and mugging were higher traveling at night, or a bus for 16000 FCFA, a safer option according to him… what he did not put in the equation was the chance of the child sitting next to me puking, and people traveling to Ouaga without any ID papers that would mean, we’d be delayed for long hours either side of the border! Now it only took 21 hours door to door, compared to 20.5 hours to do the Ouaga-Accra stretch that is a little under 1000km, so not bad going at all! Writing this from the comfort of my little home, listening to the pounding rain on the metal roof…

samedi 16 août 2008

Speculoos & yam

Now I am already starting to feel the strains of blogging, so there will only be one entry in English… sorry for the French readers out there, maybe I will write from Benin in French for good measure… I guess just be glad all of you that I am nowhere near mastering Twi well enough to write in the local language!

To beat the post holiday blues, I did not stay too long in Ouagadougou but took the road again to Accra to meet Romain my Ghanaian colleague and his team, and then go together for a field study trip to Benin. Going the entire distance from Ouagadougou to Accra at once was quite painful and I remembered a bit late why in the past, I’d broken down the journey about half way in Tamale. After the 20 hour ride in an icy cold AC bus blasting very loud karaoke music on flooded roads, I ended up in Accra at 4am, tired, freezing cold and half deaf… Luckily, I still had the WE to recover and thanks to Romain’s gastronomic Speculoos spread and Promina's delicious Indian cooking, I soon regained my strength.

Another highlight of Ghanaian cuisine, maybe more typical than onion bhajees and chicken korma is ‘fufu’, a staple dish made of yam and I was glad to go and visit the yam market with the credit officers from ID Ghana’s Agbogbloshie branch on Monday to get a real sense of the roaring trade it is here. The yam market is just next to Sodom & Gomorrah slum, the biblical name says it all, one of the most run down areas of the city, a world with its own rules and laws.
A tuber of yam is selling between GH¢1.50 (80 cents) to GH¢3 (Eur1.60) depending on the size and the type, ‘puna’ yam being the most sought after. Yams of African species must be cooked to be safely eaten, Preparing yam is a time-consuming process, involving several minutes of pounding, leaching, and boiling to remove the toxins. Yams may be served fried, boiled or pounded into a fufu dough form. I guess this is all better explained in pictures than in words, until you can taste the real thing and maybe by reading the great book that is ‘Wake Up and smell the fufu’ by Christian Njoya Diawara Small.
And while we are on the topic of books, my publisher friends will be glad to see that Manat, Romain and Promina’s daughter, despite being only 1 year old has already a very good taste in books!