lundi 24 novembre 2008

Heureux qui comme Ulysse, ou telle Pénélope...


Dimanche 11h, un soleil de plomb, on pourrait presque être en avril… nous attendons le bus numéro 10 au bord du nouveau goudron près de la mosquée blanche… plein d’espoir, il y en a 2 par heure, mais le dimanche le temps s’écoule encore plus lentement… Le temps pour Mazou de nous faire la généalogie de sa famille. Il est le quatrième, sa maman a eu deux filles et deux fils. A la mort de leur papa, elle a été mariée à un frère, dont elle a eu encore deux fils, les jeunes que nous voyons aider Mazou à l’épicerie. Aujourd’hui, nous allons chez Gladys Kongo la belle-sœur de Mazou. Il faut prendre le bus jusqu’au terminus, passer Ouaga 2000, passer le cimetière…

Bienvenue dans les non lotis de Nagré, petites cahutes de terre et tôle, où les habitants essaient de survivre tant bien que mal en bordure de la grande ville… Ce ne sont pas les bidonvilles denses et surpeuplés d’Inde ou des Philippines, mais c’est une autre forme de survie, de misère et d’entraide sur cette terre aride, sans accès à l’eau ou l’électricité…
Immigrés arrivés pendant la guerre en Côte d’Ivoire, Peulhs, paysans venus à Ouaga chercher un travail… et coincés ici, n’ayant pas l’argent pour le billet du retour… autant d’histoires que de visages souriants qui nous accueillent curieux… Gladys accourt avec ‘l’eau de l’étranger’ pour nous souhaiter la bienvenue. Elle habitait dans un petit village à 20km d’ici, ils ont emménagé il y a 10 ans avec son mari. Kevin est né peu après, puis la petite Ingrid… des prénoms qui témoignent de l'influence de la tv, ici comme ailleurs...


Leçon numéro 1, ce matin, nous allons apprendre à tisser ces longues bandes de tissus qui sont ensuite cousues pour faire des pagnes. Gladys achète le fil de coton naturel puis le teint selon la demande ou son imagination. Le mouvement est d’abord hésitant, pieds et mains mal synchronisés, mais une fois le rythme pris… Pénélope attendant le retour d’Ulysse, sauf que ma tapisserie est beaucoup plus abstraite, de longues bandes de tissus entremêlant fils argentés, violets et jaunes… Gladys n’a pas le temps de faire plus de quelques mètres par jour avec toutes les corvées journalières et les enfants… La navette glisse entre les mains, on s’interrompt seulement pour remettre du fil… ou saluer les curieux qui se demandent qui nous sommes ! Le voisin nous passe un verre de thé encore fumant…

Leçon numéro 2, cuisiner le tô, ce plat traditionnel burkinabé, une pâte à base de farine de maïs ou de mil ; que l’on mange avec des sauces différentes. Eléonore a de la chance pour cette introduction à la gastronomie locale, car c’est la sauce gombo, aussi connue sous le nom de sauce gluante que l’on prépare ! Il faut beaucoup de force pour préparer le tô, c’est un travail très physique et la chaleur du foyer trois pierres rend la tâche encore plus ardue. En notre honneur, il y a même de la viande aujourd’hui dans la sauce du tô. On se régale et l’on se brûle les doigts en mangeant. Kevin rigole, si c’est la première fois pour Eléonore de manger du tô, c’est sa première fois à lui de voir des blancs manger avec les doigts ! Pour faire passer tout cela, Nadiatou et moi allons chercher un ‘bidon de zom-com’, un jus très apprécié ici, fait de farine de mil diluée dans de l’eau sucrée, épicé avec du gingembre et servi avec de la glace.
Le temps de regarder encore l’album des photos de famille, où l’on découvre que Kevin du haut de ses 9 ans a déjà été à l’aéroport de Ouaga, au zoo de Ziniare et a même rencontré le Père Noël… Ingrid est fiévreuse et bougonne, le palu… Le soleil se couche sur l’horizon, il est temps de faire nos adieux et de reprendre le bus numéro 10 pour Ouaga. On promet de revenir avant le départ d’Eléonore pour une autre leçon de cuisine ou passer la nuit et profiter des jolis ciels étoilés, loin des lumières et de la pollution de la ville…

1 commentaire:

G. Tingey a dit…

Nice to see you are still going strong, Leititia!

I hope this gets across, as the "Google/Bolgger" password-system is temperamental to sayt the least!

Your previous post about a noisly dying goat reminded me that Hex had a bad catfight last week - she's over 7, and shouldn't be doing that!