mardi 21 octobre 2008

Arachides, mil, haricots et la satisfaction du travail bien fait

Ce matin, nous avions rendez-vous avec Mazou à la petite boutique qu’il tient dans mon quartier. Son ‘grand frère’ nous prêtait sa moto pour aller dans son petit village près de Komsilga à 20km au sud de Ouaga pour faire les récoltes.
Au programme de la journée, récolte de mil blanc, mil rouge (le fameux ingrédient de base du dolo, la bière locale), petit mil (pour la non moins fameuse bouillie), arachides et haricots. J’attendais cette journée avec impatience, d’abord le trajet sur les pistes au petit matin, où l’on croise des femmes en vélo qui vont au marché vendre leurs légumes, des écoliers, des paysans avec leur âne, mais surtout une journée entière aux champs…
Pas de tout repos, on s’en serait douté, mais tellement satisfaisant de voir les paniers qui se remplissent, les tiges qui tombent. Dans cette petite concession, les cultures serviront tous juste à nourrir la famille, c’est seulement les arachides qui seront vendues au marché. C’est une bonne année, les pluies ont bien données et les greniers seront pleins…
La récolte du mil, couteau bien affuté à la main est l’occasion de discuter avec Mazou. Il avait lancé cette invitation un jour, où j’étais venue chercher

des bougies dans son magasin, et je ne connaissais que des bribes de son histoire.
De son ton toujours si doux, qu’il faut tendre l’oreille pour le comprendre, il regarde pensivement le champ de mil, ‘cela me rappelle beaucoup de choses d’être ici aujourd’hui’. Des bons souvenirs d’autres récoltes aux champs avec sa maman, qui est décédée quand il n’avait qu’une dizaine d’années, faute de pouvoir acheter les médicaments trop chers pour la soigner. Mazou n’a pas connu son papa, qui est mort avant sa naissance, sa mère avait alors dû se remarier à un frère du papa, comme le veut la coutume. Pour aider sa maman à joindre les deux bouts, il a fait tous les petits métiers possibles, collecter le bois en brousse et aller le vendre au village, cultiver, garder les troupeaux, mais aussi tisser des nattes ou faire des briques.
Et puis à 13 ans, après le décès de sa mère, on l’a envoyé à Ouaga, il devait aider un oncle boutiquier, mais celui-ci a fait faillite, il ne savait pas tenir son commerce, accusait Mazou de piquer dans la caisse... Mazou se retrouve alors dans la rue. Il ne pouvait pas rentrer au village, où il était une charge depuis la mort de sa mère, il voulait rester à Ouaga et travailler. Les années dans la rue, il en parle difficilement, ‘j’ai fait des choses que je ne voulais pas faire’… des choses que je ne veux pas non plus vous raconter ici. Puis la chance lui sourit, un oncle le laisse dormir dans sa cour gratuitement, il trouve un travail comme apprenti chez un soudeur, il aime le travail, mais il n’est pas payé, pas nourri, le patron estimant qu’il apprend un métier. Pour pouvoir manger le soir, il vend des cigarettes, il arrive à se nourrir pour 500F par semaine (moins de 1 euro), et la vie s’organise autour de ses deux pantalons, un pour le travail, un pour les grandes occasions. Il ne rechigne pas devant le travail et devient ensuite apprenti dans un garage, là il pourra empocher les 25F ou 100F que les gens paient pour la réparation d’un vélo ou d’une mobylette et améliorer un peu son revenu, et puis le patron lui glisse des fois 300F à la fin de la semaine, une vraie promotion pour un enfant des rues. Et finalement, la chance lui sourit, un frère du village loue une petite boutique à Samandin et lui demande de l’aider. C’était il y a 10 ans et aujourd’hui leur petit commerce marche bien. Sur les étagères, on trouve du thé, du lait concentré, du nescafé, du sucre, des sacs de riz, dentifrices et brosses à dents, et même quelques tongues, elles ne sont pas chères, car ce ne sont que des pieds gauches… dehors un frigo pour vendre les sachets d’eau glacée, un télécentre et un babyfoot.
Ce petit empire lui a permis de se constituer un petit capital, dont une bonne partie retourne dans la famille restée au village, cela permet de payer la scolarité des enfants. Nadiatou est en 3ème et veut devenir maitresse. Les trois autres eux sont en 5ème, 6ème et CM1. Mazou lui n’est jamais allé à l’école, il le regrette beaucoup et vit alors son rêve à travers eux. Il a appris le français en arrivant à Ouaga, il n’aurait jamais imaginé me dit-il pouvoir un jour raconter son histoire en français. C’est un autodidacte, et son secret ‘ne pas avoir peur de poser des questions pour comprendre et apprendre’.
La récolte du mil est finie pour aujourd’hui et le soleil est haut dans le ciel, on va tirer un peu d’eau au puits pour se désaltérer. En période d’hivernage, on a encore de l’eau à proximité, mais à partir de décembre, il faudra reprendre le chemin du forage à 3km d’ici pour remplir les canaris.
On se dirige à la queue leu leu entre les épis de mil, vers le champ d’arachides, quand soudain tout le monde stoppe net, un énorme bâton fait son apparition… un serpent dans le citronnier… je fais un large détour, imaginant qu’ici on tombe plutôt nez à nez avec des serpents venimeux que de gentilles couleuvres.
Les arachides ont été déterrées hier, elles ont séchées au soleil et aujourd’hui, on en fait des tas puis l’on s’assoit à l’ombre d’un baobab pour les trier. Les vieilles femmes peuvent aider, assises par terre, torses nues, les os saillants et la peau tannée comme du vieux cuir. Les filles aussi qui sont revenues de l’école se joignent à nous. Je me laisse bercer par le bruit des conversations en moré, je comprends une bribe par ci, par là, ‘que c’est décidément bien bizarre des nassara qui aiment venir travailler aux champs… mais est-ce qu’elle sait aussi planter avec la daba, peut-être qu’elle pourra revenir en juin semer ?’ Cela me rappelle les moments passés avec ma mère ou ma grand-mère à écosser les petits pois ou trier les haricots dans la cuisine en Normandie, ou sur la terrasse à Bourdeaux.

Finalement, on lève le camp, Awa a cuisiné une marmite de benga, le haricot local. Une noix de beurre de karité et un peu de potasse, je n’ai jamais rien mangé d’aussi délicieux !
On va devoir ‘demander la route’, mais heureusement on ne nous en donne que la moitié, comme le veut la tradition, pour être sûrs que l’on revienne. Je prends le chemin du retour à regret, je suis sûre que les ciels étoilés ici sont magnifiques, et Mazou me le confirme, on peut compter les étoiles une à une, tellement les nuits sont belles. Heureusement il reste encore 20km de piste avant de replonger dans les gaz d’échappements et se réhabituer à l’animation de la capitale, et le temps de se faire surprendre par une des dernières averses de la saison.

2 commentaires:

Agepe a dit…

Hi... nice post. I like it. Greetings from Indonesia

Unknown a dit…

Hi
i'm enjoy for you, enjoy that all is ok in ouaga...
good luck ...