Ce matin vers 8 heures, Awa est venue pour faire le ménage, elle vient trois fois par semaine, un travail facile, comme je vis seule et passe peu de temps à la maison. Elle mène un combat sans merci contre la poussière rouge de Ouaga, fait la vaisselle, lave le linge et dès que je pars au travail, monte le volume de la radio et danse avec la serpillère sur une chorégraphie bien à elle. Je me demandais pourquoi les piles de la radio duraient si peu, et suis revenue un matin subrepticement pour découvrir que c’était Starmania à la maison.
Aujourd'hui samedi, je suis là et nous attendons même Florence. Florence est l'amie de Awa et travaillait ici, jusqu’en Mai, puis elle a donné naissance à une petite fille. Elle va revenir la semaine prochaine, l’adorable petite Malika avec elle.
Nous prenons un Nescafé, tout en parlant de leurs projets respectifs ... Awa va chercher un nouvel emploi, je ne peux pas garder les deux ici, mais je vais demander autour de moi. Sujet tout aussi important, c’est bientôt la rentrée. Elles ont toutes les deux 20 ans, mais Awa commencera le CE1, et Florence promet de reprendre son CP1, il faut qu’elle apprenne à lire et à écrire, si elle veut aider sa fille plus tard. Awa n’a pas d’enfant, mais elle a une autre motivation... texter ses amis ... Peut-être que les téléphones portables permettront de réduire le taux d'analphabétisme? Il est de 76% au Burkina Faso.
Les frais de scolarité sont de 15000 F, environ 23 euros pour une année, je m’occupe de cela, mais je veux voir des 10/10! Elles rigolent... Je sais que ce sera difficile pour elles de rester motivées, les cours sont de 18h à 20h, cinq jours par semaine, avec près de 80 élèves par classe et des profs qui préfèrent parfois donner des cours privées pour arrondir leurs fins de mois. Mais on y croit !
Après leur départ, je vais au marché, avec quelques petits arrêts en cours de route ... D’abord chez Alioune, un ami
tailleur. Lui et sa femme ont eu le palu, ils ont dû aller à l'hôpital la semaine dernière, heureusement, les enfants ont été épargnés. Il est de retour à l’atelier, toujours aussi souriant, mais a perdu beaucoup de poids. A quelques portes de là, c’est un menuisier qui était venu raboter les portes des placards de cuisine (elles avaient été vernies puis fermées et hermétiquement collées par un peintre pensant bien faire…). Depuis que je lui ai donné du paracétamol pour une terrible rage de dents, il me demande toujours s’il peut réparer quelque chose à la maison... Plus loin au Maquis "De Bouche à Oreille ", il y a un Ivoirien dont j'ai oublié le nom depuis longtemps, il a une dosette de Johnny Walker dans la main... et oui, après le Nescafé, le sucre, la mayonnaise ou le ketchup, voilà sous emballage individuel de l’alcool fort. Je lui fais remarquer que c’est un peu tôt pour un whiskey, alors il promet d'attendre que j’ai le dos tourné! Nous parlons toujours de la même chose, la politique en Côte d'Ivoire. Depuis que je le connais, il dit qu’il va rentrer au pays, mais cela fait des années qu’il est à Ouaga, et boit son ticket de bus pour Port-Bouët.
Grande affluence au marché de la Cité An II, c’est samedi. Vous pouvez trouver de tout, savon, poisson séché, fruits, légumes, condiments, poulets et pintades, vélos, mais aussi des casseroles, des pagnes et la dernière mode en matière de tongues made in China!
Je prends quelques citrons verts, des oignons, du persil et de la menthe à une petite dame. A côté, je trouve des carottes, et dans une autre ruelle un kilo de tomates, la vendeuse me fait un clin d'œil et ajoute quelques gousses d’ail (produit en Chine aussi à en croire l’étiquette, ils sont décidément partout) dans le sac. Plus loin, un joli étal de concombres et d’aubergines amères, les vertes, toutes bosselées que l’on trouve ici. Là encore, on me glisse quelques petits légumes ‘cadeau’. Deux sacs bien remplis pour moins de deux euros, mais dix fois plus que ce qu’une personne en brousse dépense pour son repas.
Près du goudron, il y a une nouvelle vendeuse de dégué *, je demande un bol pour 100F et attends que la glace fonde doucement dans le yaourt crémeux en discutant avec les femmes. Elles insistent pour renforcer mes sacs avec encore quelques sacs en plastique noirs, un fléau qui jonche les rues de Ouaga et envahit même les campagnes. La bataille est perdue d’avance, elles sont assez âgées pour être ma mère et savent ce qui est bien pour moi ! Elles en profitent d’ailleurs pour me proposer un second bol de dégué pour me faire grossir un peu. Le vendeur de CD à côté propose de me déposer à la maison en moto, je n’habite que 5 six-mètres*** plus loin, et décline la proposition. Décidemment ‘les nassara sont bizarres’ dit-il à marcher sous le soleil de midi ou à parler de sauver la planète en utilisant moins de sacs plastiques !
Je retrouve Cheick et ses amis qui jouent devant le portail. Cheick a 10 ans et est un vrai Don Juan qui a décidé de me faire le baisemain depuis qu’il a vu cela dans un film d’époque à la TV. Ils paraissent préoccupés, leur ballon de foot est passé sous les roues d’une voiture et le conducteur est parti sans leur donner d’argent pour en acheter un autre. Ils sont d’autant plus contrits qu
e ce ballon était un cadeau que nous leur avions fait en avril... Bref, ils ont une proposition à me faire, ils vont trouver 250F entre eux, et si je peux contribuer à hauteur de 1000 F, on peut ‘gagner’ un nouveau ballon à 1250 F au kiosque au coin de la rue. Voilà une proposition qui ne se refuse pas, et me mets les larmes aux yeux à voir leurs petits visages si sérieux.
Le vent commence à souffler, le ciel devient noir en quelques secondes, annonçant de nouvelles pluies. C’est la fin de la saison, et Adama s’inquiète maintenant de cette pluie qui risque de faire pourrir les haricots. J’arrive à la maison juste à temps pour rentrer le linge et partager avec vous ces quelques heures dans le quartier de Samandin !
* Épais yaourt sucré servi avec de la glace et du couscous de mil
** Les Blancs
*** Petite ruelle
Aujourd'hui samedi, je suis là et nous attendons même Florence. Florence est l'amie de Awa et travaillait ici, jusqu’en Mai, puis elle a donné naissance à une petite fille. Elle va revenir la semaine prochaine, l’adorable petite Malika avec elle.
Nous prenons un Nescafé, tout en parlant de leurs projets respectifs ... Awa va chercher un nouvel emploi, je ne peux pas garder les deux ici, mais je vais demander autour de moi. Sujet tout aussi important, c’est bientôt la rentrée. Elles ont toutes les deux 20 ans, mais Awa commencera le CE1, et Florence promet de reprendre son CP1, il faut qu’elle apprenne à lire et à écrire, si elle veut aider sa fille plus tard. Awa n’a pas d’enfant, mais elle a une autre motivation... texter ses amis ... Peut-être que les téléphones portables permettront de réduire le taux d'analphabétisme? Il est de 76% au Burkina Faso.
Les frais de scolarité sont de 15000 F, environ 23 euros pour une année, je m’occupe de cela, mais je veux voir des 10/10! Elles rigolent... Je sais que ce sera difficile pour elles de rester motivées, les cours sont de 18h à 20h, cinq jours par semaine, avec près de 80 élèves par classe et des profs qui préfèrent parfois donner des cours privées pour arrondir leurs fins de mois. Mais on y croit !
Après leur départ, je vais au marché, avec quelques petits arrêts en cours de route ... D’abord chez Alioune, un ami
Grande affluence au marché de la Cité An II, c’est samedi. Vous pouvez trouver de tout, savon, poisson séché, fruits, légumes, condiments, poulets et pintades, vélos, mais aussi des casseroles, des pagnes et la dernière mode en matière de tongues made in China!
Je prends quelques citrons verts, des oignons, du persil et de la menthe à une petite dame. A côté, je trouve des carottes, et dans une autre ruelle un kilo de tomates, la vendeuse me fait un clin d'œil et ajoute quelques gousses d’ail (produit en Chine aussi à en croire l’étiquette, ils sont décidément partout) dans le sac. Plus loin, un joli étal de concombres et d’aubergines amères, les vertes, toutes bosselées que l’on trouve ici. Là encore, on me glisse quelques petits légumes ‘cadeau’. Deux sacs bien remplis pour moins de deux euros, mais dix fois plus que ce qu’une personne en brousse dépense pour son repas.
Je retrouve Cheick et ses amis qui jouent devant le portail. Cheick a 10 ans et est un vrai Don Juan qui a décidé de me faire le baisemain depuis qu’il a vu cela dans un film d’époque à la TV. Ils paraissent préoccupés, leur ballon de foot est passé sous les roues d’une voiture et le conducteur est parti sans leur donner d’argent pour en acheter un autre. Ils sont d’autant plus contrits qu
Le vent commence à souffler, le ciel devient noir en quelques secondes, annonçant de nouvelles pluies. C’est la fin de la saison, et Adama s’inquiète maintenant de cette pluie qui risque de faire pourrir les haricots. J’arrive à la maison juste à temps pour rentrer le linge et partager avec vous ces quelques heures dans le quartier de Samandin !
* Épais yaourt sucré servi avec de la glace et du couscous de mil
** Les Blancs
*** Petite ruelle
1 commentaire:
Salue Alioune de ma part , qu'il se remette vite pour te faire des jolis robes, dis lui aussi que ses créations ont un succès fou à Paris et que je me suis fait plein de nouveaux frères grâce à ses robes !!
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